Bonjour à tous,
Je n'ai rien à ajouter à ce qui a été dit ici.
Juste un témoignage :
Je suis arrivé ce matin à Paris.
Le temps que je revois mon fils et ma future belle-fille et que je prenne connaissance du courrier accumulé depuis trois mois, j’écoutais l’émission spéciale sur i TV.
Il semble qu’hier, comme le disais d’ailleurs RFI, Paris était désert, tout le monde respectant la consigne de l’état d’urgence de ne pas sortir de chez soi.
Je décide pourtant d’aller devant le Bataclan pour me rendre compte de l’atmosphère qui règne dans Paris et dans ce lieu, après le massacre de vendredi soir.
Les stations de métro situées autour de cette salle de spectacle étant fermées, je décide de passer par le Métro Belleville. De là , je descends la rue de la Fontaine au Roi. Il est 13h.
L’accès au Bataclan est fermé sur les trois grands boulevards : côté Avenue de la république, côté Bd Richard Lenoir, et côté Bd Voltaire. Des barrières et un cordon de police ferme ce carrefour, tenant ainsi à distance les personnes venues se recueillir.
Au fur et à mesure que j’approche de la Salle du Bataclan, côté Avenue de la République, je me retrouve avec de plus en plus de personnes et j’en croise autant qui vont en sens inverse. Tiens, je ne suis pas le seul à enfreindre la consigne !
Et c’est vraiment cela ! Arrivé tout près du barrage policier, une foule compacte m’apparait, ainsi qu’un flot de camionnettes et de caméras. Il est 13h30. Je croyais que tout rassemblement était interdit ?
Lorsque je m’approche, je vois que les gens sont debout dans un profond silence de recueillement devant un grand parterre de bougies, de bouquets de fleurs et de messages, en français mais aussi dans toutes les langues, y compris le chinois. Ce sont parfois des poèmes, parfois seulement des sentences, ou des déclarations, parfois même seulement un prénom : Chloé, Didier, Patricia, Maryam, Joseph….
Je m’aperçois qu’en fait, la foule est dense mais pas du tout compacte, elle est au contraire extrêmement mobile, des dizaines de personnes viennent poser une bougie, des fleurs ou un mot, restent quelques minutes plongés le silence, puis repartent rapidement. Ils veulent simplement témoigner et braver les assassins en sortant au grand jour. En fait, il s’agit d’un flot continu qui vient s’échouer sur ce lit de douleur, apporter la trace de sa compassion et de sa solidarité, puis repartir. Il y a des gens de tous âges, et beaucoup de parents avec leurs enfants, y compris de petits enfants, ceux-ci déposant la bougie ou les fleurs.
Il règne un grand silence, mais qui nous rassemble, pas un silence vécu individuellement, on sent une forte émotion qui étreint la foule et qui vous prend quand vous approchez à quelques mètres du parterre dédié aux victimes, et cela même si cette foule se renouvelle sans cesse. Des larmes coulent sur les joues, doucement.
Je poursuis en contournant le square fermé pour aller au barrage côté Bd Richard Lenoir. A ma grande surprise, la foule quoique mobile, est encore plus importante et le coin de trottoir consacré aux bougies, fleurs et mot, deux fois plus étendu.
Il est 14h, je reste un moment au bord des larmes, mais il faut laisser la place à ceux qui arrivent, impossible de rester longtemps.
Avec une partie des gens, je contourne une nouvelle fois ce bout de quartier et les laisse poursuivre jusqu’à la Place de la République et arrive côté Bd Voltaire où là aussi une foule importante vient se recueillir. Je reste un moment au bord des bougies et des fleurs…
Il est 14h30, je vais ensuite Place de la République. Le métro ne cesse d’apporter de nombreux groupes, qui se rendent d’abord au pied de la Statue de la République. Là , la foule est très compacte sur plus de 20 mètres tout autour. Tiens un trio de Sick, avec leur turban qui ont chacun trois roses rouges à la main et se dirigent vers la statue !
Je rappelle mes souvenirs de manifestation sur cette place où j’étais chargé de compter les manifestants. Nous sommes au moins 10 000. Visiblement les consignes de sécurité n’ont pu arrêter le besoin des dizaines de milliers de parisiens ou d’étrangers qui voulaient manifester leur témoignage de refus de la peur et de la haine.
Tout le pied de la statue sur une largeur de deux mètres est bondé de bougies, de fleurs, de mots. Et là aussi, les gens se relaient pour déposer leur offrande.
Il est 15h. Je décide d’aller voir rue de Charonne. Cette rue est très longue et j’ignore à quel endroit se trouve le restaurant de sushi et le bar Belle Equipe qui ont été mitraillés (19 morts). Je sors donc au métro Charonne qui se trouve au milieu de la rue. De quel côté aller ? Il y a de nombreuses personnes qui vont dans le sens vers Bastille, je suppose qu’ils vont eux aussi se recueillir et je les suis. Je ne me suis pas trompé ! Devant la vitrine fermée de ce restaurant japonais et de ce bar, un large parterre de fleurs, qui, là comme aux autres lieux, s’entasse parfois jusqu’à plus d’un mètre de hauteur, des bougies que là , je compte, il y en a plus de 3000 sur une quinzaine de mètres carrés, cla partie à laquelle j’accède difficilement, et, bien sûr, des mots de toutes sortes.
Citons-en quelques uns :
-Â Â "Je suis Paris"
-  "Nos pensées vont aux victimes et à leurs proches – Paris restera à jamais la ville lumière – Restons unis et solidaires face à ce fléau"
-  "N’importe quelle religion n’apprennent pas ça, c’est un acte criminel, ne touchez pas notre humanité !!! ????"
-Â Â Â Â "Fuck terrorists"
-Â Â "Pray for Paris"
-  "Vous ne tuerez pas notre liberté !"
-  "I see human, but no humanity – Hommage à toutes les victimes de ce massacre - Cloé 16 ans"
-  "Aujourd’hui, j’ai perdu 128 frères et sœurs"
-Â Â "Je suis Bataclan"
-  "DAEH on t’emmerde !"
-  "Même pas peur !"
-  "La musique donne un esprit à nos cœurs et des ailes à nos pensées - Platon"
-  "Fluctuat nec mergitur, vive la musique, vive la liberté, vive la joie, vive la vie, vive l’amour !"
-  "Nous sommes la république, nous sommes la liberté, l’égalité et la fraternité"
-  "We love - We don’t afraid"
Et pour terminer, celui qui m’a le plus remué :
-  "St Exupéry a dit : « Renonçons à ce qui nous sépare, recherchons ce qui nous unit… » Comme c’est difficile pour moi – Irène – Gonesse"
Il est 15h. Je m’éloigne en allant vers Bastille. Nous ne sommes qu’une dizaine dans ce sens mais il y a des centaines de personnes qui au contraire arrivent vers le restaurant japonais et le bar. Ils sont armés… de fleurs et de bougies et viennent avec leurs enfants. Ils parlent bas puis en arrivant à une vingtaine de mètres se taisent pour entrer dans le silence de recueillement observé par tous naturellement.
A une centaine de mètres plus loin, Rue de Charonne, je vois le restaurant Pause Café et toute sa terrasse plein de convives. Plus loin Chez Paul est tout aussi garni, et sur la Place de la Bastille, toutes les terrasses sont pleines à craquer… Les parisiens, français ou étrangers, ne sont pas restés chez eux aujourd’hui.
Après un moment de réflexion, Paris montre qu’il n’a pas peur !
Amitiés à tous.
Patrick
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